Pour lire l'ensemble de cet article retrouver le 600400.jpg – L’atrazine stimule une enzyme appelée “aromatase”, qui transforme l’hormone masculine, la testostérone, en hormone femelle, l’œstrogène. C’est ainsi que l’œstrogène produite par l’aromatase entraîne le développement d’organes féminins, comme les ovaires ou les ovules dans les testicules. Or, le niveau d’aromatase est aussi lié au développement des cancers du sein ou de la prostate. Une étude épidémiologique conduite dans une usine d’atrazine de Syngenta en Louisiane, publiée en 2002, a d’ailleurs montré un excès significatif de cancer de la prostate chez les ouvriersxiv.

Comment a réagi Syngenta ?

Ah !, a soupiré Tyrone Hayes, j’étais très naïf à l’époque ! La firme m’a d’abord demandé de répéter l’étude, pour vérifier que j’obtenais bien les mêmes résultats. Elle m’a proposé 2 millions de dollars pour cela et, au début, j’ai accepté… Puis, j’ai compris que leur stratégie, c’était de faire traîner les choses, pour gagner du temps et m’empêcher de publier. J’ai finalement rompu mon contrat et j’ai publié mes résultats en 2002xv4. À partir de là, ce fut la guerre ! Et je dois dire que je n’avais jamais imaginé qu’elle puisse être d’une telle violence : Syngenta a écrit au doyen de l’université de Berkeley, s’est répandu dans la presse pour me discréditerxvi, a mis un lien sur son site Web vers <junkscience.com>, le site de Steven Milloy, et je me suis retrouvé sur la liste des junk scientists (voir supra, chapitre 8). Aujourd’hui, cela me fait rire, car je sais que le fait d’avoir l’honneur de figurer sur cette liste est la preuve que j’ai fait du bon travail ! Puis, la firme a payé des scientifiques pour conduire de nouvelles études qui, bien sûr, n’ont pas pu répéter mes résultats. Leur but, c’était de créer le doute, et ça a marché, du moins aux États-Unis, où finalement l’EPA a renouvelé l’homologation de l’atrazine en 2007. »

De fait, en octobre 2007, l’Agence de protection de l’environnement rendait un rapport où elle concluait : « L’atrazine n’est pas nocive pour le développement des gonades des amphibiens ; aucune étude additionnelle n’a été requisexvii. » Circulez, il n’y a rien à voir ! L’implacable machine à broyer les vérités qui dérangent a, une fois de plus, fonctionné à merveille… Alors qu’il était au plus fort de la tourmente, en 2004, Tyrone Hayes a publié dans BioScience un article où il décrypte les immuables rouages que j’ai aussi décrits tout au long de ce livre : manipulations de la science, funding effect, campagnes de diffamation, complaisance des autorités publiques, intoxication de la presse, etc.xviii.

Le mélange des pesticides décuple leurs effets

« L’industrie a multiplié ses efforts pour discréditer mon travail, mais mon laboratoire continue d’étudier les impacts de l’atrazine et d’autres pesticides sur l’environnement et la santé publique », écrit Tyrone Hayes sur son site Web, qu’il a ironiquement baptisé <Atrazinelovers.com>. « Ma décision de me lever et d’affronter le géant industriel n’était pas héroïque. J’ai suivi l’enseignement de mes parents qui me disaient : “N’agis pas parce que tu cherches une récompense ni parce que tu crains une punition. Fais ce que tu penses devoir faire, parce que cela te semble juste”. »